Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Nous vivons des blessures sacrées, complainte sur l'immigration comorienne - 5.3 Ko

Projets 2013

PAROLES ERRANTES - Marseille [ Edition - Théâtre ]

Nous vivons des blessures sacrées, complainte sur l'immigration comorienne

LES AUTEURS

L'association Paroles Errantes a pour objectif de :
- sauvegarder la mémoire, le patrimoine oral, historique et culturel de l'archipel des Comores et de sa diaspora,
- promouvoir et diffuser les cultures francophones,
- tisser des liens artistiques entre l'Europe et l'Afrique,
- servir de tremplin à des jeunes talents littéraires et artistiques.

Salim Hatubou, collecteur de contes, conteur et écrivain franco-comorien né le 20 juin 1972 à Hahaya, en Grande-Comore. Il s'installe dans les quartiers Nord de Marseille au début des années 1980. Adolescent, il écrit des nouvelles et des articles, publiés dans diverses revues et magazines. Son premier ouvrage, Les Contes de ma grand-mère, parait en 1994 aux éditions L'Harmattan. Depuis de nombreuses années, il effectue un très important travail de collectage et dʼécriture autour des contes traditionnels des Comores. Sa bibliographie compte près de vingt-cinq ouvrages (contes, romans, poésie, récits), édités tant en collections "adultes" que "jeunesse".
En 2007, il remporte le Prix Gros Sel Diamant pour lʼouvrage "Comores-Zanzibar" (Préfaces de Ken Loach et d'Alain Mabanckou, photographies de Jean-Pierre Vallorani), déjà soutenu par "Identités, Parcours et Mémoire".


L'OEUVRE

Aujourd'hui, les uns et les autres s'accordent à dire que la diaspora comorienne en France compte 150.000 personnes dont 80.000 à Marseille et sa région. Mais au-delà de ces chiffres, ce sont des hommes et des femmes qui forment une population en perpétuel mouvement, enrichissant son Identité dans chaque escale. Et il nous parait important d'interroger la Mémoire de ces Parcours migratoires.

Dans l'histoire de l'Immigration comorienne, on observe 3 destinations ancrées dans l'Histoire : d'abord Zanzibar, puis Madagascar et enfin la France (La Réunion comprise). Ces mouvements migratoires ont été marqués par quatre tragédies collectives qui restent un véritable traumatisme pour la diaspora comorienne en général et les Comoriens de France en particulier :

- 1964 : Massacres de Zanzibar. Forte de 15 000 individus et composée en majorité de fonctionnaires, de commerçants, d'hommes politiques dans l'élite dirigeante (certains étaient ministres), la communauté comorienne était relativement aisée à Zanzibar. Mais suite de la Révolution dirigée par John Okello en 1964, qui aboutit au départ du Sultan Sayyid Jamshid Ibn Abdallah de Zanzibar et à l'instauration d'un gouvernement révolutionnaire, la population comorienne, assimilée à la minorité arabe, fut durement touchée. Massacres, pillages et emprisonnements accompagnèrent, en effet, l'arrivée au pouvoir du Président Abeid Amani Karume qui manifesta rapidement sa volonté d'expulser les Comoriens vers leur pays d'origine, alors que certains étaient là depuis des générations.

- 1976 : Massacres de Majunga à Madagascar. Tout commence le 20 décembre par un incident : un enfant de l'ethnie malgache betsirebaka fait ses besoins dans le jardin d'un Comorien. Celui-ci, dans un élan de colère exagéré, prend les excréments et enduit le visage de l'enfant. Les excréments sont considérés comme tabou par les Betsirebaka. Le Comorien est tué par les Betsirebaka et cela déclenche le début des affrontements. Les Comoriens sont les plus nombreux, mais ne sont généralement pas armés. Les Betsirebaka disposent de coupe-coupe et les massacres commencent. L'armée et la police n'interviendront pas. On peut se demander s'il s'agit, de la part des responsables du maintien de l'ordre, d'une sous-estimation de la gravité de la situation ou d'une volonté délibérée de ne pas intervenir. Tout semble indiquer, pourtant, qu'une intervention rapide et modérée de la police et de l'armée aurait arrêté l'affrontement. L'affaire prend alors des proportions dramatiques : une véritable chasse au Comorien s'organise en ville et dans le quartier comorien. Des groupes de Betsirebaka poursuivent dans la rue et traquent dans leurs maisons des Comoriens - hommes, femmes, enfants - qui sont tués aussitôt. De nombreux cadavres de Comoriens atrocement mutilés jonchent les rues. Leurs habitants tués, les maisons des Comoriens sont pillées, puis incendiées. Lorsque l'armée interviendra, ce sera en fait pour rester passive : elle est présente sur les lieux de l'affrontement, mais elle a reçu l'ordre de ne pas se manifester que si elle était elle-même attaquée... Des Comoriens ont été massacrés sous les yeux des soldats, qui laissent faire, et personne n'a vu l'armée prendre la défense des victimes. Plusieurs témoins malgaches et français ont affirmé avoir vu des militaires malgaches prêter main forte aux Betsirebaka en utilisant des armes blanches. Des voitures et des cars sont arrêtés. On fait descendre les Comoriens pour les tuer. Les Betsirebaka qui ne reconnaissent pas les Comoriens à leur aspect demandent les papiers et les noms. Il ne fait pas bon porter un prénom musulman. La mosquée des Comoriens sera profanée. Hommes, femmes, enfants se réfugient alors à la gendarmerie et se placent sous la protection de l'armée. Ce sera enfin, après trois jours, la fin des massacres. Le gouvernement des Comores a décidé de rapatrier les quinze mille Comoriens de Majunga et les Comoriens des autres villes malgaches. Navires et avions (mis à disposition par la Belgique) font la navette entre Madagascar et les Comores. Des hommes, des femmes et des enfants embarquent dans cet archipel qu'ils ne connaissent mais dont ils sont originaires. On les appellera les Sabena en référence à la Compagnie aérienne belge.

- 2004 : Naufrage du Samson. Le ferry Samson, appartenant à des Pakistanais de Madagascar et battant pavillon comorien, avait quitté Moroni (Comores) vendredi 5 mars à 18h30 pour sa liaison bimensuelle pour Mahajanga, sur la côte nord-ouest de Madagascar. Une centaine de Comoriens et de Malgaches avaient embarqué à bord de ce bâtiment construit au Danemark en 1965 (Officiellement, il y avait 120 personnes à bord mais c'est le double qui a voyagé). Le Samson a accosté samedi 6 mars au port de Mutsamudu, sur l'île comorienne d'Anjouan. Une douzaine d'autres passagers sont alors montés à bord, dont deux touristes françaises. Le ferry devait reprendre la mer à 10h00 locales, mais la société propriétaire du bateau, Jag-Marine, a reçu des informations sur la présence du cyclone Gafilo sur la côte est de Madagascar. Trois semaines plus tôt, la traversée du Samson avait été annulée en raison de la présence à Madagascar d'un autre cyclone, Elita, qui y a fait 29 morts. Cette fois, Jag-Marine a décidé que le Samson poursuivrait sa route. Le Samson a quitté Anjouan samedi. Le dimanche après-midi, le capitaine du ferry a signalé qu'il était contraint à ralentir en raison d'un fort courant, mais sans qu'il y ait de raisons de s'alarmer, a-t-il ajouté. Mieux, vers 20h00, il a rappelé pour indiquer que les conditions météo s'amélioraient. Le Samson était alors à 150 km au nord-ouest de Mahajanga, où il était attendu théoriquement trois heures plus tard. A Madagascar, la situation empirait. Assez pour que les autorités portuaires de Mahajanga conseillent au Samson de regagner la haute mer et de ne pas approcher la terre avant lundi matin.
C'est la dernière communication radio avec le ferry. Celle prévue dimanche soir à 23h00 n'a jamais eu lieu. Les seuls récits de la suite ont été faits par deux rescapés, un homme et une femme qui ont gagné la côte de Madagascar. La femme, une Comorienne, a raconté que le moteur du Samson est tombé en panne, et que l'équipage a invité les passagers à s'abriter à l'intérieur du bateau, selon les autorités de Moroni. Elle ajoute qu'elle a ensuite été projetée par-dessus bord, quand une partie de la cargaison a rompu ses amarres sur le pont. Elle n'avait pas de gilet de sauvetage, et a réussi à s'accrocher, en compagnie d'un homme, raconte-t-elle, à la coque en plastique d'un canot de sauvetage lancé du ferry, et qui ne s'est pas gonflé en touchant l'eau.
Elle a vu alors une énorme vague frapper le ferry par tribord, et le faire couler. L'homme sauvé en même temps qu'elle, un Comorien lui aussi, ne semble pas avoir réellement vu le ferry couler. Bilan : 120 morts dont plus de 22 étudiants. Ce chiffre ne prend pas en compte les membres d'équipage et les passagers clandestins.

- Juin 2009 : Crash de Yemenia Airways. Un Airbus A310-300 de Yemenia Airways qui faisait le trajet entre Sanaa, au Yémen, et Moroni (Comores) avec 153 personnes, s'est abîmé dans l'océan Indien, près de l'archipel des Comores à moins de 15 kilomètres des côtes, alors qu'il s'apprêtait à atterrir. Les passagers, en grande partie des Comoriens, avaient fait le vol entre l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle et Sanaa, avec une escale à Marseille, à bord d'un Airbus A330 de Yemenia Airways. Arrivés à Sanaa, capitale du Yemen, ils avaient changé d'avion pour poursuivre leur voyage sur un airbus A310 vers Moroni aux Comores. Avant ce crash, la communauté comorienne de France se plaignait régulièrement des conditions de vol de la compagnie Yemenia Airways. Ils dénonçaient souvent le mauvais accueil fait par les employés de la compagnie et surtout les conditions de voyage dans les avions obsolètes de Yemenia entre Sanaa et Moroni. Des passagers avaient constaté qu'au cours des vols entre Sanaa et Moroni qu'il manquait des gilets de sauvetage, des ceintures de sécurité et que le toit de l'appareil bougeait étrangement. Lors de leur transit à Sanaa des Comoriens étaient parfois obligés de rester jusqu'à 3 jours bloqués à l'aéroport. Si les règles de sécurité dans les avions n'étaient pas respectées, les passagers non plus n'avaient droit au respect. Et dans la nuit du 29 juin 2009, ce qui devait arriver a fini par arriver : 152 morts dont beaucoup d'enfants qui partaient pour les vacances. Il eut une seule survivante, Bahia, 14 ans.

Ces drames ont fondamentalement changé l'esprit de la grande majorité des Comoriens de l'étranger. Quand le 21 avril 2001, le Front National est arrivé au second tour des élections présidentielles en France, certains Comoriens, paniqués, avaient commencé à faire leurs valises. A ceux qui les rassuraient, ils rétorquaient : «A Zanzibar, nous croyions que c'était chez nous. On nous a massacrés et on nous a expulsés. A Majunga, nous pensions être chez nous. On nous a découpés avec machettes et des haches. On nous a expulsés. Alors pourquoi en France ça serait différents ? ». Le spectre de Zanzibar et de Majunga est toujours dans l'esprit des Comoriens. Le crash de Yamenia a surtout paralysé une partie de jeunes franco-comoriens qui acceptaient facilement et joyeusement de se rendre aux Comores en vacances et qui, depuis le 29 juin 2009, refusent ou hésitent avant d'embarquer dans un avion.

Avec ce projet, nous voulons nous pencher sur ces tragédies pour qu'elles deviennent des trajets dits aux jeunes générations et pour qu'elles s'ancrent dans la Mémoire parce qu'on ne peut pas comprendre la diaspora comorienne d'aujourd'hui si on ne sait pas ce qu'elle a enduré au cours de son Histoire migratoire.

 

La démarche artistique :

Dans un premier temps, à Marseille, à partir de différents matériaux (témoignages, articles de journaux, photos, supports audio ou vidéos d'archives...) l'écrivain franco-comorien Salim Hatubou écrira quatre textes poétiques sur les quatre tragédies. Ces textes sur la Mémoire auront le même souffle et rythmes littéraires. Chacun d'entre eux fera l'objet d'un livre et ces quatre livres formeront un coffret qui sera publié.

Ensuite, une lecture de ces textes se tiendra à Moroni (Comores) soit à l'alliance franco-comorienne soit au Centre de Création Artistique et Culturel des Comores "CCAC Mavuna". Cette lecture publique sera faite par les deux artistes principaux, le comédien-metteur en scène Soumette Ahmed et la jeune comédienne Intissam Dahilou. Il s'agit aussi d'échanger avec les Comoriens sur la question de la Mémoire et présenter le projet et le cadre dans lequel il a été soutenu (Identités, Parcours et Mémoires pour que ces mots prennent une réelle résonnance dans une société où la problématique de la Mémoire et de l'identité pose question).

Puis, Soumette Ahmed et Intissam Dahilou quitteront les Comores pour entamer une résidence de création à Marseille autour des textes de Salim Hatubou.

Nous aimerions que ce texte (qui sera joué par Soumette Ahmed et Intissam Dahilou, avec une mise en scène de Soumette Ahmed) soit accompagné par du Twarab (musique et chants dits profanes) et de Kaswidas (musique et chants considérés comme sacrés chez les Comoriens). Le rôle de la musique, dans cette création, nous parait fondamental. En effet, selon l'Anthropologue et Historien comorien Damir Ben Ali «Au fil des siècles les Comoriens ont exprimé leur pensée, transmis leurs expériences de la vie de génération en génération, exercé leur imagination et leurs talents artistiques et littéraires, presque exclusivement par le chant. Le chant a permis de couler la Mémoire dans du béton depuis des siècles, bien que tout ne soit pas écrit. Profane ou sacrée, la musique influe sur les échanges entre les individus, les accompagne de la vie à la mort, va jusqu'à façonner l'espace de la vie commune ou encore ramène l'égaré vers Dieu ». Ces deux types de chants symbolisent l'identité même du Comorien qui prend source dans les croyances animistes mélangées aux croyances religieuses.

Sur le plan visuel, audio et scénographique, la scène aura trois espaces distincts : l'espace central étant occupé par les acteurs, l'espace de droite étant réservé à l'orchestre du Twarab et celui de gauche au groupe de Kaswidas. Texte et musique peuvent se mélanger, tout comme le texte peut être nu, ou la musique et chant peuvent porter le récit, le profane peut aussi s'entremêler avec le sacré pour former un seul corps musical... Il ne s'agit pas de gros orchestres, mais chaque genre de musique aura entre trois à 5 personnes (en terme d'instruments, le Twarab sera joué avec des violons et des ouds, les chants sacrés auront pur instruments le daf et la flûte). Les choses s'affineront et s'enrichiront au cours de la création entre les musiciens, le metteur en scène, les acteurs et l'auteur.


L'AGENDA

- décembre 2013 : Organisation d'un colloque à Marseille sur les 4 tragédies qui font l'objet du projet. Différents intervenants seront invités pour parler de l'Histoire de l'immigration comorienne en générale et de 4 Tragédies en particulier. Nous aimerions l'inscrire dans le cadre de la deuxième Biennale pour l'histoire et la mémoire des immigrations et des territoires se tiendra de septembre à décembre 2013. Ce sera l'occasion de présenter le projet.

- Janvier/Février/Mars 2014 : Ecriture des textes

- Avril 2014 : Lecture publique à Moroni (Comores) et présentation du projet

- Avril/Mai/Juin 2014 : Publication du coffret et Résidence de création

- Juillet 2014 : Représentation à Marseille

- Août 2014 : Représentations aux Comores

- Septembre 2014 : diffusion TV


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