Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Géographies d'une histoire - 6.6 Ko

Projets 2012

LA COMPAGNIE - Marseille [ Arts plastiques ]

Géographies d'une histoire

LES AUTEURS

"C’est la raison qui nous ouvre les yeux :
une erreur dissipée nous donne un sens de plus"

M. Proust

La compagnie, association loi 1901,  est un lieu de création implanté dans Belsunce depuis 1990. L’une des grandes lignes de ses activités a été la production d’exposition autour d’une problématique transversale recoupant des réalités de Belsunce, et mobilisant dans le processus même de création des habitants, leurs paroles, leurs images, leurs analyses, leurs histoires.

Parmi les expositions passées, il y a eu ainsi France-Algérie (sur l’imagerie coloniale ; avec la présentation d’interventions aussi bien de spécialistes que de personnes ordinaires) ; Accordions, de Gary Hill (sur la communauté de visages) ; Talet el Gorba, Scopitones arabes (soutenu par "Identités, Parcours et Mémoire") ; Soit dit en passant (l’image de la femme dans le monde arabe à partir des archives du Fonds Arabe pour l’Image de Beyrouth).
La compagnie a aussi accueilli des moments de présentation de nombreux projets IPM (Café Verre ; les éditions Précipitées, etc...).

Un conseil d’administration définit les orientations "politiques" de l’association. Le CA est constitué d’artistes, de retraités, de responsables de structures artistiques et culturelles, de militants, d’habitants et de salariés.
En parallèle au CA, le conseil artistique constitué de différentes sensibilités se réunit pour définir les orientations artistiques de l’association.
D’un point de vue opérationnel, l’équipe veille à mettre en œuvre les orientations politiques et artistiques fixées par les 2 instances précitées. Elle a la particularité d’être composée de compétences et d’horizons différents.
L’ensemble des personnes et instances est regroupé dans un fonctionnement de type collectif : l’ensemble des membres du collectif est en capacité d’agir sur le projet de la compagnie. La prise de décision se fait de manière collégiale.
Les remarques, désirs et besoins des habitants et associations partenaires sont régulièrement pris en compte.

Valeurs esthétiques et éthiques
1. Esthétique
• Un lieu d’arts et de créations, un accompagnement à la création.
• Favoriser la rencontre entre les publics et des œuvres.
• Des temps d’expositions.
• Des temps de fabrications : réflexions, constructions.

2. Ethique
• Donner la possibilité à tous de s’exprimer.
• L’humain au centre de nos préoccupations.
• Porter un regard sur une personne : s’ouvrir à la rencontre au possible nouveau.
• Créer des circonstances de rencontre avec des pensées différentes, des œuvres, des habitants, artistes.
• Le droit à la culture pour tous.
• Promouvoir l’existant.
• Ouvrir les consciences.
• Eveiller des sentiments.

Claire Angelini : "Ma pratique artistique pourrait se définir comme suit : rechercher sans cesse une articulation de l’histoire avec des récits, des terrains, et des expériences singulières c’est pour moi postuler l’existence d’un lien, non seulement possible mais réel entre la pratique artistique et une société donnée, et par là en affirmer la profonde nécessité sociale".


L'OEUVRE

La mémoire n’est pas une science de ce qui fut,
elle n’est que le couteau que l’homme porte en lui.
Aragon

Le point de départ : une partie de film.
Dans le film "Retour au pays de l’enfance" (2009), Claire Angelini porte l'attention sur trois femmes (3 femmes / 3 pays / 3 guerres / 3 langues). Trois femmes blessées par l’exil ; retour sur les lieux de leur enfance, en France, Pologne et Algérie. Entre mémoire et présent et au fil du voyage, s’expose fragmentairement l’histoire des espaces traversés, s’exprime le lien tissé par chacune entre mémoire subjective et conscience de l’adulte.
L’esthétique du film suit ce fil directeur : le retour à leurs lieux de départ respectifs de ces femmes, opère une projection du plan de l’histoire (temps) sur celui de la géographie (espace). A l’intérieur de cette structure, des éclairs ou des stases dictent le montage et le rythme : ce sont des corps de femmes, fugitivement, des mémoires à l’œuvre, des imaginaires confrontés à des espaces, des bruits, des langues, des paysages, des sensations enfouies).
La partie autour de Narriman vient éclairer, interroger, montrer tout un champ complexe des relations entre la France et l’Algérie, en passant aussi par la Tunisie, et le projet actuel veut encore mettre en avant la fécondité de cette rencontre, par un éclairage latéral avec les révolutions arabes, avec l’Egypte où Narriman est partie habiter depuis.
Modelée à la fois par la culture française et algérienne, Narriman a subi la forte influence de son père, un indépendant de la première heure, militant au GPRA, qui fut également un homme modéré et progressiste. Mais le paysage de Narriman dont la famille vit en exil, est très vite travaillé par l’inquiétude politique palpable autour d’elle. Cette inquiétude culmine à l’âge de dix ans quand survient l’Indépendance de l’Algérie et que son père décide de rentrer avec sa famille dans le village des Aurès dont il est originaire. Pour Narriman, l’expérience d’une Algérie dévastée et brûlée qui coïncide avec la re-découverte du pays natal met définitivement un terme à son insouciance de petite fille, tandis que cela fonde le rapport propre qu’elle entretiendra plus tard avec son histoire. C’est à Gosbat, village pauvre du massif des Aurès, que Narriman perd définitivement l’innocence de l’enfance en même temps qu’elle s’éveille à une conscience politique.
L’histoire dont nous parle Narriman est une page qui n’a été ni tournée ni refermée. Il y a ici une convergence très forte entre le lieu et elle. Les Aurès portent la trace d’une violence qui n’a pas été réparée ou colmatée.

Le film tout d’abord, et aujourd’hui l’installation, postule que les pierres, les architectures nous font signe. Et tandis que les mots s’énoncent et que la mémoire oscille, parcourant à notre tour les lieux qui furent les siens, nous prenons la mesure du présent autant que de l’absence : le spectateur est, à travers ces parcours singuliers, confronté à l’Histoire de notre lien franco-algérien (l’ambivalence et la douleur semblent caractériser ce lien, à moins qu’elles ne soient propres à nos identités hybrides les plus profondes, les plus complexes).
A partir de ces éléments recueillis concrètement sur le territoire algérien et à travers la figure de cette femme, Narriman, l’installation Géographies d’une histoire, cherche à montrer comment nous sommes travaillés, habités, hantés, par des espaces concrets qui furent marqués à jamais par l’Histoire, une histoire dont d’autres étapes sont lisibles dans la géographie en France, de l’autre côté de la Méditerranée : les friches industrielles et les usines -ruinées aujourd’hui- des anciennes briquetteries implantées à Marseille, les camps de réfugiés Harkis, qui se sont transformés progressivement en villages pour citoyens de seconde zone. Mais l’installation convoque aussi le regard que porte tel ou tel Algérien vivant en France aujourd’hui sur l’histoire de son pays, ou encore le rapport actuel de Narriman aux révolutions arabes.

Un lien particulier avec le public
L’installation étant conçue comme un parcours où s’élabore une réflexion sur le temps, abordée du point de vue de la géographie, Narriman devient le miroir dans lequel le spectateur de ce quartier de Marseille, lui-même particulièrement concerné par cette histoire, se retrouve, ou auquel il s’oppose, telle une figure d’échange.
Travaillant l’épaisseur de la mémoire, l’installation est en effet un dispositif sonore et visuel ouvert, avec lequel le spectateur qui le souhaite peut activement échanger, via ma présence régulière dans les lieux, relayée par un travail avec des associations, pour inciter ou susciter des prolongements in situ. Cet échange, formalisé par des entretiens filmés et remis en scène, au sein de "séances de travail", se trouve intégré et travaillé comme tel, dans le propos même de l’installation, comme un aspect de celle-ci.
«Le projet d’installation que je souhaite mener à bien au sein de La compagnie, s’inscrit dans la lignée d’un travail commencé en 2008 autour de l’Algérie, et qui a déjà donné lieu à un film présenté dans différents festivals et sur deux chaînes du câble (Retour au pays de l’enfance, 2009). De quoi s’agit-il ? Le thème de ma recherche, qui s’inscrit dans une réflexion globale sur la relation entre des lieux historiquement marqués par l’oppression ou le massacre, et la réalité contemporaine, est la question de la guerre d’Indépendance algérienne, son incidence - via le paysage - sur les destins individuels, et son actualisation aujourd’hui, dans les révolutions "arabes" ; comment, en somme, la géographie est-elle à même de raconter l’histoire, et de devenir, par le montage d’images et de sons spatialisés au sein d’un lieu d’exposition, dans le contexte particulier d’un quartier à forte composante algérienne de Marseille – ici Belsunce-, un éveilleur de mémoires.
"Géographies d’une histoire s’appuie d’abord sur mon projet de film. Il en poursuit le propos, pour l’ouvrir délibérément sur notre actualité la plus contemporaine". Claire Angelini
Inviter des habitants du quartier à participer à cette réflexion pour inclure dans l’exposition elle-même leurs paroles, leurs réactions, leurs histoires, sera l’un des endroits où la porosité des signes sera riche de tous les échanges.
Nous sommes persuadés que la poétique de l’infime dans sa rigueur portera ici un événement secret où chacun pourra re-trouver une part de lui-même — et nous croyons à la force du murmure qui pourra se divulguer ainsi entre les frontières sociales.

Au final, une exposition accompagnée d'une édition.
L'installation multimédia est à inventer, avec des projections vidéo, des photographies, des entretiens diffusés, avec tout un travail de stratification de ces éléments pour en élaborer une poétique.
La résidence sera l'occasion d'enregistrements vidéo et sonores, puis du montage, puis d'une réflexion sur la composition d'ensemble.
Claire Angelini est-elle en train d’inventer une politique de la nostalgie ? Comment fait-elle remonter des récits, des traces ensevelies, en un travail précis d’archéologie d’une histoire collective et personnelle, de ses images de paysages et de ruines? En réalité, l’émotion esthétique et politique ne sont pas séparées.
Le cadre ne cache pas la fragmentation qu’il produit dans ce qu’il montre, dans le choix qui est dans l’image. Mais en chaque plan, en chaque témoignage sonore ou visuel, l’inconnu rayonne d’un éclat sombre avec lequel nous sommes obligés d’être en action, nous spectateurs.
Le témoignage est bien la réinvention du présent à partir duquel est interrogé le passé.


LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM

Contexte et environnement
Belsunce, un quartier central entre la gare Saint Charles, La Canebière et le Vieux-Port. Belsunce reste néanmoins scindé en 2 avec à l’est, le Centre Bourse (centre commercial) et à l’ouest, le vieux Belsunce.
. Un quartier enclavé :
- sur le plan urbanistique : Canebière au sud, Cours Belsunce à l’ouest, Bd d’Athènes à l’est et Bd Charles Nedelec au nord.
- de part sa population : Forte concentration de population d’origine maghrébine, des commerces non présents dans les autres zones commerciales de la ville.
- par les pouvoirs publics : crise et retrait de certaines institutions (1970-1980).
. Un parc immobilier style baroque laissé à l’abandon jusqu’à ce que la municipalité décide d’opter pour un vaste plan de réhabilitation en 1990.
. Une spécificité commerciale
. De nombreux commerces dits de proximité s’adressant essentiellement aux habitants.
. Présence de commerces dits de réseau s’adressant aux "touristes maghrébins".
. Des grossîtes qui eux s’adressent aux commerçants.
Ces trois types de commerces font de Belsunce une particularité locale.

Des indicateurs significatifs
En 2006, le quartier comptait 9824 habitants répartis en 1913 familles dont 535 familles monoparentales soit 28% de familles monoparentales.
- 42,1% des non scolarisés de 15 ans et plus n'ont aucun diplôme.
- Seuls 14,4% de la population sont diplômés d'un Bac+3 et plus.
- 70,7% de la population active a entre 25 et 54 ans.
- 33,5% de la population active est constituée d’employés, de 22,6% d’ouvriers, et de 19,5% de professions intermédiaires (catégories socio-professionnelles).
Le ressenti des membres de la compagnie depuis toutes ces années et la lecture de ces indicateurs qui sont au rouge dans presque tous les secteurs nous permettent de dire que nous sommes implantés :

• dans un territoire fragile :
- avec une concentration de personnes à minimas sociaux.
- un habitat dégradé avec un parc à faible valeur locative attirant les plus « vulnérables », en particulier les primo-arrivants : une fonction de SAS.
- un taux de chômage important.
- un échec scolaire très présent.
- un cadre de vie qui ne stimule pas l'investissement de la place publique par l'ensemble des composantes du territoire.
- des publics précaires en nombre.
- des difficultés d'accès aux droits en particulier les droits dits "facultatifs" (arts et culture).
Le cumul de ces handicaps ne fait qu’accentuer une fragilité psychique et psychiatrique à laquelle la compagnie est confrontée. D’où notre nécessité en tant que lieu d’arts et de culture implanté dans Belsunce de nous armer de l’aliénation sociale (Frantz Fanon).

• dans un quartier en mutation :
considéré depuis longtemps comme un quartier "d’hospitalités" pour ne pas dire un sas, Belsunce a attiré de nombreux immigrés "isolés". Une population "transit" qui vit et travaille en France pour subvenir aux besoins de la famille restée au "Bled". Ainsi Belsunce est devenu un quartier où les postes d’hébergement et la nourriture restent accessibles (hôtels, chambres meublés a petit prix, cantines populaires,...).
Depuis 1990 avec le lancement de la réhabilitation dans ce territoire, nous assistons à l’arrivée d’étudiants et de ménages de classe moyenne. En parallèle à ces arrivées, on constate le départ de nombreuses familles (notamment les plus démunies).
Néanmoins, une forte population de retraités reste présente dans le quartier.

Un espace urbain peu stimulant
Un élément qui retient notre attention est la faible présence d’espaces publics dédiés aux habitants. Le territoire bénéficie certes d’équipements comme la BMVR de l’Alcazar, la Cité de la Musique mais peu d’espace pour jouer, flâner, se retrouver.
La densification du centre-ville n’a pas pris en compte des besoins essentiels comme une place publique avec du mobilier urbain au service des habitants (bancs, aire de jeux pour les enfants, terrain de sport,..)

Effets attendus

Le quartier Belsunce, dont de nombreux habitants sont issus de l'immigration algérienne, est un lieu d'histoire singulier, unique en France, exemplaire.
Il est attendu d'un tel projet une synergie entre les habitants d'un quartier, une artiste, un lieu de création, des figures historiques (Germaine Tillion), un journaliste de El Watan, et les représentations autour de la France et l'Algérie, à tous les niveaux.
A travers les rencontres, les questions sur l'identité, sur l'histoire, sur l'immigration, le travail sur les représentations, on entend accompagner une recherche critique sur la nature même des signes qui constituent la subjectivité de chacun dans leurs différences de parcours, de ressentis.


L'AGENDA

2012 : 2 résidences
- 15-30 septembre : Premières rencontrees partenaires
- 15-30 novembre : Premières recherches

2013 : 4 résidences et exposition
- 15-30 janvier : Ateliers et récoltes de matériaux
- 15-30 mars : Ateliers et récoltes de matériaux
-- 28 mars : Claire Angelini : développer un cinéma politique - Projection-installation de deux films : Brise la mer ! / Jeune, révolution !
- 15-30 mai : Retours sur les éléments [Mercredi 29 mai à 19h : Projection / diffusion / performance "Frontières et territoires du temps" Claire Angelini (Table de la librairie L’Odeur du Temps - Marseille]
- 15-30 septembre : Finalisation

2013-2014 : exposition
15 novembre 2013 - 25 janvier 2014 : Exposition à La Compagnie

LES CONTACTS

LA COMPAGNIE
19 rue Francis de Pressensé
13001 Marseille
04 91 90 04 26
la-compagnie.org
info@la-compagnie.org


Mémoires, cultures et transmissions
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Récits de femmes âgées immigrées sur leurs parcours et leurs histoires
Danse dans ma ville
Ma ville vue de mes souvenirs
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