Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Décennies Banlieue - 6.9 Ko

Projets 2011

HISTOIRES DE VIES - Mane [ Audiovisuel ]

Décennies Banlieue

L'AUTEUR

L'association Histoires de Vies, créée en 1993, soutient et diffuse les initiatives d'échanges culturels ou artistiques qui concernent plus particulièrement les artistes des banlieues et les jeunes issus de l'immigration.


L'OEUVRE & LE RAPPORT A IPM

Le 18 octobre 1980, Lahouari BEN MOHAMED, était abattu par un policier lors d’un banal contrôle routier. Son seul tort? Son nom et son faciès. "Ce soir, j'ai la gâchette facile". Ces mots furent prononcés par le CRS juste avant le tir qui devait mettre fin aux jours de Lahouari. Le coupable ne fut pas puni, mais Lahouari ne sera jamais oublié. Dés le lendemain de ce jour noir, les marseillais ont manifesté pour dire stop à ces crimes en série, trop souvent perpétrés par les forces de police et toujours motivés par le racisme. Bientôt c'est toute la France, émue par cette tragédie, qui se mobilisera et s'élèvera pour défendre les enfants tués sans raison. La vague atteindra Paris en 1983 lors de la fameuse marche pour l'égalité.
Les amis de Lahouari décidèrent de répondre à la violence par la création. Ils fondèrent une troupe de théâtre et jouèrent leur pièce «YA OULIDI» pour que l'on oublie jamais l'histoire de Lahouari...

En décembre 2010
Hassan Ben Mohamed, le frère que Lahouari n'a pas assez connu (il n'avait que 4 ans lorsque son frère est mort assassiné) alors qu'il est en train d'écrire un livre sur son frère, prend contact avec le photographe Joseph Marando, pour continuer le travail de mémoire entamé dans les années 80 sur lamémoire du quartier des Flamants à Marseille.

Un retour en arrière
Au lendemain de l'arrivée de la gauche au pouvoir, après les rodéos de voitures si médiatisés à Vénissieux et aux Minguettes et les problèmes exacerbés de la banlieue, des opérations anti-étés chauds sont mises en place en 1982 et Marseille est une des villes pilote de l'opération.
Jo Ros, personnage emblématique et incontournable de l'intervention sociale, demande alors à Joseph Marando d'animer un atelier de photographie avec des jeunes qui n'ont pu partir en vacances ce mois d'août. Le voilà dans l'une cité des « Quartiers Nord » du XIVe arrondissement de Marseille, où travaillaient des éducateurs de l'Éducation Surveillée (aujourd'hui la PJJ) et jusque-là quasi ignorée des politiques : « Les Flamants ».
En août 1982, jeune photographe de 26 ans et jeune papa aussi, Joseph Marando anime cet atelier de pratique photographique et réalise en parallèle son tout premier reportage social. C'est un peu comme s'il débarquait sur la lune… Il a grandi et évolué en zone rurale et vient d'un milieu social plutôt modeste (pour rester pudique) mais la vie dans un village de haute Provence était loin de la réalité qu'il découvrait d'une cité des quartiers marseillais. Sa conscience politique était alors totalement éloignée du quotidien de ce nouveau terrain inconnu qui de plus était marqué à jamais par le drame de la mort d'un jeune, victime d'une bavure.

Du matériaux constitués et de sa valeur d'archive
De cette époque-là, il accumule et conserve une quantité d'archives et de portraits des jeunes. Aujourd'hui cette matière constitue une véritable valeur ajoutée de mémoire. Cet été 82, il s'attache à témoigner de la vie du quartier et réalise ensuite, pendant plus d'un an, un travail d'enquête reportage dans le quotidien d'une famille d'origine immigrée, la famille Maaskri, dont Zohra, la mère était de tous les combats et de tous les engagements. L'un de ses enfants, Moussa, est devenu comédien et acteur (re)connu. Ce reportage photographique a été diffusé au Centre George Pompidou à Paris dans le cadre de l'exposition intitulée Jeunes issus de l'immigration.
Il faut rappeler le contexte de l'époque. Des préjugés plus que désobligeants, racistes et insensés, circulaient sur les immigrés en général et plus particulièrement sur les « Arabes » et sur leur mode de vie fantasmée par des « esprits » pleins de ressentiments à leur égard.
Plus de dix années plus tard, en 1994, il organise une exposition sur cette cité et ces jeunes. Parmi ceux photographiés, plus de 15 d'entre eux avaient été fauchés brutalement par la Mort sans avoir pu vivre leur vie d'adulte. Décompte macabre. La drogue et ses maladies, la violence, le suicide, la route.... Des images parfois existent d'eux sur plusieurs années. Cette exposition n'a pu se faire à l'époque et c'était juste de penser qu'elle arrivait sans doute trop tôt. Elle aurait fatalement réveillé inutilement la douleur des familles, et particulièrement de celles qui avaient perdu un enfant

De l'approche humaine
Avec obstination, Joseph Marando continue ce travail de mémoire. Le temps oeuvrait et les deuils se faisaient sans que les douleurs ne s'estompent. Ces jeunes devenaient adultes et s'affirmaient comme ils le pouvaient dans notre société et dans un perpétuel parcours du combattant.
La plupart, par la force des choses, arrivaient à trouver remarquablement leur place.
Ceux-là ont aussi à coup sûr beaucoup de choses à dire et souhaitent se raconter depuis leur vie d'aujourd'hui, dans le recul de leur cheminement.
Jusqu'alors, cette forme impalpable de légitimité indispensable pour pouvoir avoir la liberté de travailler avec une confiance absolue et sans réserve des habitants de la cité manquait à Jospeh Marando. Cette légitimité, que seuls les habitants pouvaient lui concéder, c'est Hassan qui, en venant le chercher aujourd'hui, lui l'accorde.
Dans cette quête, Hassan est le passeur et Joseph le témoin extérieur. Grâce à l'opiniâtreté d'Hassan, les deux ont aujourd'hui la voie ouverte.
Hassan, porté par son désir de vouloir ressortir toute cette histoire et refaire exister la mémoire de son frère fait l'unanimité.
Dans une confiance absolue, il est encouragé et soutenu par tous les habitants des Flamants, ses amis avec qui il a grandi, ceux qui sont restés et ceux qui sont partis ainsi que tous les acteurs passés et présents qui travaillent et réfléchissent autour de la question des banlieues, élus de Marseille, intervenants sociaux, sociologues, journalistes, photographes, témoins engagés du monde associatif foisonnant du quartier...

De la cité des Flamands comme un territoire "exemplaire"

Dans les années 80, déjà, les jeunes des Flamants étaient farouches et très hostiles aux visiteurs qui venaient dans leur cité pour parler, écrire et "prendre" des images. Certains confrères, aux passages éphémères, produisaient et propageaient des papiers superficiels et des clichés insupportables…
D'autres, en revanche, ont réalisé un véritable travail de longue haleine, immergé et engagé. C'est le cas notamment de Pierre Ciot qui a suivi toutes les manifestations autour de la mort de Houari et d'Yves Jeanmougin qui a fait un travail remarquable sur l'immigration à Marseille, images que nous insérerons dans l’exposition et le banc-titre.
Ironie des conséquences collatérales de l'histoire médiatique, aujourd'hui, cette cité peut prétendre à raviver une mémoire originale riche de ressources inédites, grâce à des photographies, des films, des pièces de théâtre produites alors, des archives d'associations, des rapports de sociologues et de chercheurs, des traces de résidences et d'interventions d'artistes de tous les domaines culturels...
Sans compter la volonté affichée et résolue des habitants des Flamants, tous âges confondus, de vouloir se raconter et laisser une trace.
La conscience d'appartenance à cette cité, avec son histoire est née avec force et détermination au lendemain de l'assassinat de Houari Ben Mohammed. C'était la première fois que des femmes et des jeunes issus des quartiers ont manifesté sur la Canebière à Marseille en silence et dans la dignité, réclamant dans la solidarité de l'adversité : "Justice et cessez de tuer nos enfants !".
Philippe Sanmarco, à l'époque secrétaire général de la Mairie de Marseille, a dit « il y a un avant Houari Ben Mohamed et un après ».

De la proposition artistique
Aujourd'hui en 2011, trente années plus tard, jeune grand-père, Joseph Marando sens le moment venu de participer à la transmission de la mémoire de ce quartier, avec conviction et sans aucun doute qu'aujourd'hui la conscience de ce qu'il pourrait décrire comme une communauté villageoise, issue d'un même quartier et de tous horizons confondus se sont unis et rassemblés autour de ce drame pour créer un territoire de pensée commune et solidaire... Pour se défendre, exister et devenir des citoyens à part entière... Et c'est cette histoire que je veux écrire...

Et comment l’écrire cette histoire ?

Pendant tout ce cheminement il est clair que le travail se fera en osmose avec Hassan Ben Mohamed qui disposera comme il le souhaitera des archives de Jospeh Marando et photographies qui seront générées par ce projet dans le but d’écrire son livre. Et Jo ros, acteur et témoin engagé de toute l’histoire de ce quartier sera le fil rouge, et depuis qu’il est à la retraite il poursuit lui-même une carrière artistique d’écrivain.
La chance est de disposer très largement d’une densité de matériaux et de personnes ressources supports de mémoire. D’où l’importance du temps consacré à l’écriture du scénario de ce film de banc-titre. Le travail de montage et de création sonore sera une partie fondamentale pour la qualité de ce travail, un soin particulier est porté sur le talent et compétences des personnes pressenties et choisies pour le montage et la bande sonore.
En plus, les collections de photographies de Pierre Ciot, Yves Jeanmougin et d’autres permettent de rajouter du sens historique à mon travail des années 80.


L'AGENDA

- Repérages et contact sur le terrain (déjà largement engagés), recueil des témoignages et photographies des personnes. La plupart des personnes emblématiques sont toutes identifiées et leur participation est acquise.
- Écriture du scénario du film de banc-titre
- Prises de vue sur place et dans les divers lieux : de vie, professionnels, et sociaux épars sur le territoire régional et même plus loin, enregistrement des témoignages.
- Restitution en premier lieu dans la cité des flamants avec l’organisation d’une rencontre débat exposition et projection.
- Exposition des photographies et diffusion de l’installation visuelle et sonore.

- 18 octobre 2011 : journée de commémoration pour les 31 ans de la disparition de Lahouari Ben Mohamed aux Flamants (hommage devant la plaque commémorative, vernissage d'une exposition photos au Pôle Service avec les photographies de Joseph Marando, Pierre Ciot, Yves Jeanmougin et l'association Media2, projection vidéo de la pièce "Ya Oulidi", représentations de la nouvelle pièce de théâtre écrite pour l'occasion "Ya Oulidis" à l'Espace Culture Busserine.

- 12 février 2014 à 19h : projection du film Ya Oulidi ! Le prix de la douleur à l'Espace Julien (Marseille)


LA FICHE TECHNIQUE

Fiche technique & artistique
Production : Association Histoires de Vies
Réalisation, image vidéo et son : Joseph El Aouadi-Marando
Montage : Bénédicte Mallet
Photogaphies : Pierre Ciot Yves Jeanmougin Joseph El Aouadi-Marando
Musique : Mohamed Bouzidi
Mixage et étalonnage : Christophe Gay
Moyens vidéo, son et logistique : Association Histoires de Vies
Durée : Vidéo HD 80 minutes
Support de tournage : AVCHD
Support de diffusion : DCP-DVD Blue ray
Version originale : français, patois lyonnais


 

LES CONTACTS

Association Histoires de Vies
Chemin de Font Reynière
Les Escagnettes
04300 Mane


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