Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Babis ! Fils de crapaud - 5.2 Ko

Projets 2009

Batoutos - Marseille [ Spectacle vivant - Audiovisuel ]

Babis ! Fils de crapaud

L'AUTEUR

Niccolò Manzolini est né à Milan en 1979. Il a travaillé dans le milieu du théâtre jusqu'à 18 ans, avec la Compagnia Stabile Monzese. En 2000, il débute une collaboration avec la Cinémathèque de Bologne (qui se continue encore) et entre dans un groupe de jeunes cinéastes :  IpotesiCInema, fondé par Ermanno Olmi et Mario Brenta. Dans ce cadre, il participe au projet de film collectif, Autoritratto Italiano, pour la RAI (Radio Telévision Italien). En 2003, Niccolo Manzolini tourne son premier court-métrage Cigarini, suivi en 2005 d'Alla Mia Cara, qui mêle déjà fiction et animation... En 2007, il fonde Seiperduenonfadodici, et commence à produire des documentaires, des animations et des vidéos promotionnelles pour des sociétés privées et des institutions publiques.


L'OEUVRE

"Babis" signifie crapaud en patois du Piemonte.
Les immigrés italiens en France
étaient nommés ainsi au début du siècle.
Accueillir l'étranger chez soi
serait comme d'avaler un crapaud…


Sales, puants, ils dorment dans des cabanons, l’un sur l’autre, comme des troupeaux, ils ne connaissent pas notre langue, christi, fascistes, mussolini, truands, briseurs de salaires, assassins. Ils viennent chez nous avec leurs femmes, leurs mômes, pour nous voler notre travail. Les Babis ont migré en masse en France au début du XXe siècle ; ils passaient la frontière du Nord de l’Italie comme des clandestins. Depuis, plus que 600 000 italiens vivent en France ; la moitié habite dans la région de Marseille.

Deux comédiens ambulants, avec leur petit théâtre des marionnettes, font aujourd’hui le même voyage qu'ont parcouru ce flot d'immigrés: Ventimille, Menton, Marseille, Aix, Gardanne, Aigues-Mortes, Martigues... Dans ces villes et villages arrivent aujourd'hui d’autres peuples migrants qui prennent la place des immigrés italiens. Quitter son pays, n'y jamais revenir, pour avoir peut-être quelque chose de plus, pour fuir la certitude de n’avoir rien du tout : l’histoire des migrations se répète et laisse sa trace essentiellement dans l’oralité des histoires de famille.

Babis ! Figli dei rospi commence avec une composition de voix de Babis, accompagnée par la musique d’un orgue de Barbarie ; un petit théâtre de figurines dans une valise : papiers, photos, objets souvenirs qui s’animent progressivement sur l’écran. Babis ! Figli dei rospi est moins une reconstitution historique qu'une action pour reconstituer une illusion historique.

En suivant d'anciennes routes migratoires, deux artistes itinérants partent donc de l'Italie pour la France, des Pouilles vers Marseille, rejouant les destins de milliers de migrants italiens (de la fin du 19ème siècle aux années soixante).
Ils sont marionnettistes itinérants. Le premier est d'origine italienne, le second d'origine marocaine ; l'un est musicien et danseur, l'autre conteur.

Au fur et à mesure de leur avancée, ils rendent publics les récits personnels de ces grands mouvements historiques qu'ils ont récoltés, par le biais d'un spectacle de théâtre de rue, fantastique et onirique, qu'ils jouent de lieu en lieu, de villes en villages.

À travers la fiction qu'ils incarnent, ils font revivre les migrations du passé, leurs histoires et leurs perceptions afin de provoquer réactions et prises de paroles : ils viennent s'insinuer dans le réel actuel et dans les questions induites par les plus récentes vagues migratoires, en Italie comme en France.

C'est un film, c'est un spectacle migrant.

Respectant la répartition des rôles du théâtre de marionnettes, l'un (Mohammed Aïssa) sera le Parlatore, l'autre (Gianfranco Berardi), le Puparo.
Puparo et Parlatore sont les deux figures principales du théâtre de marionnettes-poupées sicilien : l'un anime les marionnettes, souvent avec l’aide d’un assistant, et l’autre leur donne sa voix et narre les événements.
La voix du Parlatore prête sa voix à tous les personnages : Mohammed Aïssa s'emparera des entretiens, des actualités (récentes ou d'archives), de tous les éléments que nous lui fournirons ou qu'il apportera,  pour en construire un récit unique, une voix collective.
Les personnages seront représentés à travers les masques typiques du théâtre de marionnettes, Roland, Arlecchino, Pinocchio et d’autres, étirés vers notre matière et notre propos :  notre Puparo, danseur et musicien, pouvant créer de réelles marionnettes animées, ou choisissant d'animer son corps à lui.
L’histoire prendra une dimension féerique et satirique, afin de brouiller les ressentis, afin de créer des courts-circuits entre passé et présent, pour en retour être surpris par les réactions déclenchées dans le public. En ce sens, il est fondamental que la scénographie place le public en cercle autour du spectacle.

Nous rechercherons la forme la plus ouverte possible à toute réaction venant du public ou des simples passants : il s'agit de faire remonter les mémoires, les histoires ou encore de déclencher des réactions plus épidermiques de la part des spectateurs, Français, Italiens, Espagnols, Arabes, Roms... d'origine ou d'adoption, en fonction des lieux choisis.  La provocation et la captation de ces réactions est le versant plus strictement documentaire de Babis, Figli dei Rospi !, bien qu'il ne s'agisse en rien de réaliser le documentaire d'un spectacle de théâtre itinérant.

Chaque histoire, chaque séquence du film, se réfère à des lieux différents, à des étapes du spectacle, aux trajets que font les acteurs (par train, à pied, etc.), aux préparations des représentations du lendemain, aux hôtels dans lesquels parfois ils se reposent, aux bars dans lesquels ils finissent étrangement leurs soirées comme débarquant d'un autre monde, aux bords des chemins où parfois ils feront une escale pour une nuit...


LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM

"Malgré l’extrême diversité des situations,
malgré les diverses variations dans le temps et dans l’espace,
le phénomène de l’immigration possède des constantes,
c’est-à-dire des caractéristiques (sociales, économiques, juridiques, politiques)
que l’on retrouve tout au long de son histoire".
Abdelmalek Sayad

Automne 2007. Nous nous sommes installés quelques temps à Marseille. Nous commençons à fouiller les traces, les reliques, laissées le long du chemin des massives migrations d'Italiens vers la France, dès la réunification de l'Italie par Garibaldi.
Ce retour nécessaire sur le passé est motivé par des constats issus de notre présent, du présent des flux migratoires et de leur réception dans les pays d'accueil plus ou moins consentants ; de l'actualité de l'Italie donc, mais également et d'une manière plus large, de l'actualité qui traverse de nombreux pays européens.
Pour que la mémoire provoque le présent.
Nous nous étonnons de la nette coupure qui semble s'être produite entre les migrations que connaît l'Italie actuelle et les migrations antérieures vécues par les italiens. Une coupure entre la perception que l'on en a eu jusque dans les années 60, et qui fut suivie de l'intégration des personnes concernées et de la relative dissolution des vives rancœurs alors suscitées, avec les fureurs que peuvent parfois déclencher les migrations qui se produisent aujourd'hui sous nos yeux. Il n'est qu'à citer les extrêmement violentes réactions des Italiens à l'arrivée massive de Roms sur leurs territoires qui ne cessent d'émailler nos actualités...

Les Italiens, et tous ces peuples de l'Europe (et d'ailleurs), qui furent tantôt les “accueillants” mais aussi tantôt les migrants si décriés, auraient-ils oublié ?
Cette coupure entre les immigrés italiens, vivant encore aujourd'hui en France, et leur pays d'origine l’Italie, cause une discontinuité dans la transmission de la mémoire entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. Et c'est cette faille si dangereuse que nous aimerions faire frémir.
Tandis que ce schéma semble s'inverser en France dans le rapport qu'entretient la population avec les “vieux” migrants, dont les enfants ou petits-enfants, sont maintenant devenus comme invisibles, irrepérables, “respectables” et l'éternelle scène toujours rejouée des hantises exprimées face aux nouveaux migrants...

Nous avons donc entamé ce retour sur le passé avec la conviction que l’exacerbation du conflit entre Italiens et immigrés étrangers pouvait être sinon causée mais au moins amplifiée par cette perte de mémoire.
Lors de notre premier séjour à Marseille, nous avons donc collecté plusieurs heures d’enregistrements audio, témoignages des descendants des premiers immigrés italiens dans la région de Marseille ; ce qui fut à chaque fois l'occasion d'arpenter les ruelles des villes et villages en question, de visiter les armoires, de récolter des photos personnelles, des objets... Des recherches ont par ailleurs été effectuées afin de constituer un répertoire d'archives photographiques, animées et sonores.
Ces éléments constituent la matière première sur laquelle le récit de Babis ! Figli dei Rospi se construit. “Babis” signifie “crapaud” en patois italien du Nord : les italiens immigrés à Marseille étaient nommés ainsi. Puis les personnes se sont mêlées, la culture italienne également s'est mêlée, bon an, mal an, avec la culture marseillaise originaire, présentant finalement un exemple réussi d’intégration (parfaite ou apparente ?). Mais, nous sommes venus pour remuer la cendre froide, afin de redécouvrir le feu.
Les enfants et petits-enfants de ces “crapauds” prêteront leurs paroles au film Babis ! : telle une polyphonie, le film tentera de brosser le portrait d'un personnage collectif, à consonances multiples, à visages multiples, incarné dans le corps et la voix de nos deux acteurs...

Marseille a été, pour nombre de migrants, une manière de petite Amérique ; avec le chant de l'illusion qui y est associée.
Cette histoire vécue, populaire et collective parce que traçant une carte commune de parcours individuels, nous ne saurions la retranscrire dans un livre, car nous la voulons encore chaude et vivante, capable de bousculer et de réveiller l'actualité qui nous concerne : nous souhaitons mettre à disposition tous nos savoir-faire et tous nos outils dans le but de redonner à ce passé, comme une seconde vie, face à notre présent.
Marseille, et sa large région, sont donc les fons scenae de la pièce et du film.

Abdelmalek Sayad dit que le pays où l'on veut émigrer a le pouvoir d’une grande illusion : c'est la forme artistique et politique choisie pour Babis ! Figli dei rospi. Nous verrons chaque lieu, chaque village, chaque quartier, multiplié comme dans un miroir brisé, que ce soit à travers les images d’archives, les photos des immigrés, comme décor du théâtre,...
En suivant les errances, le long voyage, de deux figures fictionnelles, tantôt actuelles, et tantôt provoquant l'illusion de venir du passé, Babis ! Figli dei rospi basculera continuellement de l’illusion à la désillusion, du pays rêvé au territoire réel.


L'AGENDA

- du 28 octobre au 25 novembre 2009 : résidence de création théâtrale à Marseille.
- printemps/été/automne 2010 : tournage (migration des deux marionnettistes égrénée des représentations théâtrales, des Pouilles à Marseille et sa région).
- automne/hiver 2010 : tournage de l’animation en stop motion (en studio).
- hiver 2010 / 2011 : Pré-montage off line puis conformation on line, étalonnage, effets et conformation image en laboratoire spécialisé.
- printemps 2011 : Film Recording et impression de la première copie.


LA FICHE TECHNIQUE

Titre italien : Figli dei Rospi
Titre français : Babis ! Fils de crapaud
un film de Niccolò Manzolini
sur un sujet de Niccolò Manzolini et Luccia Principe
avec Mohammed Aïssa et Gianfranco Berardi.
Format de tournage : numérique HD (2K)
Format de diffusion : film 35mm
Durée : 60’
Production : Batoutos (Fr, Marseille), Seiperdue (It, Bologne), Artimedia (It, Conversano)
Avec le soutien de : La Drac et de l'Acsé Paca (Dispositif IPM), Compagnie l'Egrégore, Centro Italiano per l'Arte e la Cultura, Cineteca di Bologna, Puglia Film Commission.


LES CONTACTS

En France : Nicolas Lebras
T. +33 6 24 45 48 20
batoutos@gmail.com
http//batoutos.free.fr

En Italie : Elisa Delogu

T. +39 051 5880383
info@seiperdue.org
www.seiperdue.org/babis


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