Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Talet el ghorba - 4.8 Ko

Projets 2004

LA COMPAGNIE - Marseille [ Edition ]

Talet el ghorba

L'AUTEUR

© Johanne Larrouzé - 9.2 Ko

© Johanne Larrouzé

* La compagnie, un atelier d’artiste à Belsunce :
La compagnie est d’abord un atelier d’artistes, un espace de création. Son projet est complexe car il s’agit d’un lieu pluridisciplinaire : en cela il fonde sa pertinence en ouvrant un large spectre dans les possibilités d’expérimenter, d’interroger les relations possibles entre l’art et le politique, le processus et l’œuvre, le poétique et le social, ici à Belsunce.

Pour le collectif de la compagnie, il s’agit d’inventer des modes d’interaction, des relations entre des expériences artistiques et un quartier, Belsunce.

L’histoire de Belsunce, les enjeux humains, sociaux et économiques de la mutation de ce quartier de migration font ressentir à ses membres la nécessité d’un engagement : la compagnie conçoit les pratiques artistiques comme outils d’analyse, formes d’opposition et de contournement de toutes sortes de dominations.

Ce qui nous relie, c’est une curiosité critique par rapport aux mondes dans lesquels on vit, ici et ailleurs, mais aussi la formulation et l’explicitation de cette critique. C’est au travers de ces questionnements permanents que peut se produire une sorte d’excès, de brouillage des frontières entre les cultures et les disciplines, dont l’enjeu est un franchissement des limites sociales qui tiennent inséparablement à la connaissance et au pouvoir.

Il y a un refus de considérer l’art, comme une forme idéale, séparée du monde : l’art est sans cesse redécouvert dans sa fibre essentielle et inessentielle; la frontière entre art et non-art est perpétuellement déplacée. Le rôle et le pouvoir de création de l’artiste est affirmé au-delà de son individualité isolée. Ce qui est refusé, c’est que les formes artistiques ne soient pas accessibles à tous, c’est que l’art soit une forme a-priori réservée à une élite. C’est là que l’implantation de la compagnie dans le quartier Belsunce est cruciale. L’expérience montre ainsi tous les jours que dans ce dialogue avec les publics, les formes sont investies et éclairées d’un jour neuf, nécessaire et opaque à la fois, avec des points de vue, une acuité et une précision pertinente, troublante. C’est là, dans ces échanges permanents, que l’art devient cette surface miroitante où des ouvertures s’opèrent dans les formes, où des possibles peuvent surgir. L’art contemporain et ses dimensions nouvelles — la prise en compte du quotidien, du familier, de l’instant quelconque, du ready-made, la performativité de l’énonciation, l’affranchissement des frontières entre les médiums, entre les signes...— sont au cœur du processus de travail du collectif. Ce que nous tentons ici et maintenant par les ateliers, nos créations et nos recherches, les invitations et les résidences d’artistes, les productions, les expositions et les moments de débat —, est une expérience qui prend forme entre des personnes, sur la dimension fragile, précieuse et nécessaire, de la rencontre.

* Le collectif de la compagnie :
Les choix artistiques et la gestion du lieu sont discutés et décidés collectivement.
. Vincent Bonnet (artiste)
. David Bouvard (artiste, régie)
. Hélène Deriu (administration)
. Johanne Larrouzé (artiste, médiation culturelle)
. Isabelle Massu (artiste, nouveaux médias / webmestre)
. Paul-Emmanuel Odin (artiste)
. Marie-Claire Verdeau (gestion / comptabilité).

David Bouvard et Johanne Larrouzé travaillent à la compagnie depuis 2001, ils sont à l’origine de ce projet soutenu par l’ensemble du collectif.


L'OEUVRE

© Johanne Larrouzé - 9.9 Ko

© Johanne Larrouzé

* Origine du projet:

C’est dans le contexte de notre travail à la compagnie que nous avons découvert l’existence de films musicaux, ancêtres des clips vidéos. De 1963 à 1980, 250 bars fréquentés par des immigrés ont été équipés de scopitones, juke-box à images. Ces machines diffusaient des petits films du même nom - scopitones - produits et réalisés par une équipe française qui mettaient en scène des chanteurs du Maghreb et du Machrek. Les chansons utilisées dans les films étaient particulièrement en vogue dans la communauté immigrée présente en France alors. Diffusées par le biais de 45 tours, ces chansons évoquaient l’amour mais aussi principalement el ghorba - l’exil. La particularité de ces films se situe dans la juxtaposition paradoxale de chants et d’images porteurs de sens parfois antagonistes. Leur dimension commerciale ne peut en aucun cas effacer leur valeur et au-delà de la volonté des uns ou des autres apparaît un témoignage unique sur la situation des travailleurs immigrés dans les année 70 et 80, sur un regard français posé alors sur eux.

Le projet trouve son origine dans des séances de projection informelles organisées à la compagnie en présence de quelques habitants de Belsunce. La teneur des questions soulevées lors de ces rencontres a motivé notre désir de travailler sur les scopitones, sur ces paroles d’habitants, denses, longues, horizontales. Nous avons initié un travail d’entretien autour de la perception des films, rapidement, au-delà des commentaires, d’autres histoires d’immigration ont surgi oscillant entre ce qui avait été vécu, imaginé et rêvé.

Dans ce projet, les rencontres, le processus de travail sont aussi importants que la création elle-même, ils sont irrémédiablement liés. A la compagnie lors des rencontres du Nechouat Café, à Casablanca lors de notre résidence en avril dernier, ce processus a été rendu visible à travers un travail quotidien dans des espaces publics ou ouverts au public. Peu à peu, des formes commencent à émerger, l’installation l’exil n’est pas une promenade, sur laquelle nous continuons à travailler, a été montrée à Casablanca dernièrement. Nous allons continuer ce travail de recherche et de création pendant un an et demi encore à travers des étapes en Algérie et avec des compagnies de Ferries avant de proposer une publication et une exposition à la compagnie.

* un travail de recherche et de création en France, au Maroc et en Algérie:

Une proposition à l’ambassade de France en Algérie
octobre - novembre 2004
Un court séjour en Algérie au mois d’Août 2003 nous a permis de percevoir les incompréhensions liées à l’exil, des incompréhensions propres à la France mais aussi aux pays de départ, d’origine, des stéréotypes émis des deux côtés de la Méditerranée. Suite à plusieurs entretiens avec des habitants de Belsunce, nous pensons concevoir un parcours itinérant à travers l’Algérie. A travers un dipositif mobile, nous continuerons à travailler à des installations sonores et visuelles proposées cette fois dans des villages, des zones rurales particulièrement touchées par l’immigration, hors des circuits de diffusion habituels.

Une proposition à Algérie Ferry, et la SNCM
juillet-aôut 2005
La dernière étape du projet sera une proposition à diverses compagnies de Ferries proposant des liaisons Marseille - Maghreb. Le bateau est en effet - dans le contexte de l’immigration maghrébine - le principal moyen d’arrivée en France et de retour vers le pays. Le temps long de la traversée est un moment de suspension : c’est dans cet entre deux que le départ ou le retour se méditent, se digèrent. C’est également durant ce temps que l’on se déconstruit et que l’on se reconstruit en fonction du pays que l’on quitte et du pays auquel l’on se prépare. Deux traversées Marseille-Oran et Alger-Marseille en août 2003 nous ont permis d’observer ces processus. Nous voulons donc pendant plus d’un mois effectuer des allers-retours entre Marseille et Oran, Marseille et Alger, Sète et Tanger. Nous travaillons à une proposition d’exposition et de projections.

Talet el ghorba I L’exil a duré :
une publication, octobre 2005
une exposition à la compagnie, janvier 2006
L’aboutissement de ce travail de recherche prendra la forme d’une publication. Celle-ci sera conçue sous la forme d’un livre objet présentant des entretiens avec des immigrés vivant ici, à Belsunce, des personnes restées au pays, mais aussi des propositions spécifiques qui nous sont faites au fil des rencontres : des textes sur l’exil, des paroles de chansons, des adresses aux personnes restées au pays. Ce livre sera ponctué de photos extraites, d’images d’archives et d’images que nous avons produites qui interrogeront les représentations liées aux immigrés. Les croisements textes images mettront en avant ces décalages entre discours et perception. Un dvd joint à ce livre présentera une sélection de films. Du fait des possibilités du support, plusieurs pistes sons seront proposées : on pourra écouter les musiques originales mais aussi entendre des entretiens relatifs aux films. Pouvoir proposer les voix à l’écoute revêt pour nous une importance particulière, il s’agit de donner à entendre des voix dans leur particularité, avec la singularité de leurs timbres, leurs souffles, leurs hésitations.

Le propos de ce livre-objet est pour nous de proposer une réponse aux scopitones, de porter un regard critique sur les modes de représentation qu’ils proposent, et au-delà, d’interroger les différents stéréotypes français et maghrébins produits autour des migrants.

La publication talet el ghorba I l’exil a duré sera présenté à la compagnie dans le cadre d’une exposition pensée comme restitution de notre processus de travail. Une présentation publique du livre suivie d’une discussion y sera organisée.


LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM

© Archives La Compagnie - Pochette d'un 45 tours - 15 Ko

© Archives La Compagnie - Pochette d'un 45 tours

Deux ans de travail autour des scopitones nous ont permis d’accumuler divers matériaux (publications, ouvrages, musiques, fonds de 45 tours des années 60 et 70…) mais également et surtout plus de cinquante heures d’entretiens réalisés en France, au Maroc et en Algérie. Ces entretiens se déclinent autour des films et de la question de l’immigration / émigration. Les films permettent de passer du commentaire, à des constats historiques, à des récits intimes. Si certaines personnes n’osent parler d’elles-mêmes, elles reconstruisent la vie de ces hommes à l’écran dans une fiction qui réfléchit leurs propres réalités. La structure hybride des films, des images tournées par une équipe française à partir de chansons maghrébines, témoigne de la complexité des rapports entre ce qui est dit, vécu et perçu. Qu’est-ce qui peut-être énoncé des difficultés de l’immigration quand on vit soit même en exil, qu’est-ce qui peut être perçu de ces difficultés aussi bien du point de vue du pays de départ que de celui du pays d’arrivée? Ces films plongent les spectateurs dans un état de trouble car si les images illustrent les paroles des chansons, les commentent, les précisent, elles viennent aussi les contredire.


L'AGENDA

© Johanne Larrouzé - 8.8 Ko

© Johanne Larrouzé

• octobre - novembre 2004 : une proposition à l’ambassade de France en Algérie.
• mars 2005 : une exposition itinérante en Algérie.
• juillet-août 2005 : une intervention sur des ferries reliant Marseille au Maghreb.
• octobre 2005 : une publication.
• janvier 2006 : une exposition à la compagnie.


LA FICHE TECHNIQUE

Publication papier et dvd
Le livre a été édité en décembre 2006.


LES CONTACTS

La Compagnie
19 rue Francis de Pressensé
13001 Marseille, France
T. 04 91 90 04 26
F. 04 91 91 77 48
info@la-compagnie.org
www.la-compagnie.org


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